Patrick Tschudi par Frédéric Lebas

User de situations anodines et quotidiennes demeure le plus sûr moyen pour dévoiler le sens que dissimule nos sociétés contemporaines. Et dans cette exposition, Patrick Tschudi nous invite, avec une légèreté feinte, au sein du monde des images/icônes avec cette qualité de toucher nos affects de manière frontale.

Fidèle au dépouillement et à l’efficacité du pictogramme, les êtres qui parsèment ses tirages numériques semblent vidés de toute substance identitaire, les corps et visages sont convertis tels des trous noir. Tandis que les paysages ruraux ou urbains sont réduits à leur plus simple expression stéréotypique.

Dans ces œuvres, Tschudi court-circuite méthodiquement toutes formes de vitalités, de traits expressifs, au profit de formes épurées en aplats 2D. La palette graphique aurait remplacé celle du peintre, comme les artistes du pop art délaissèrent les pinceaux au profit de la sérigraphie.

Au-delà de cette apparence homogène et de ce design résolument minimaliste et idéographique, c’est la morne habitude de respecter l’injonction du signe que dénonce Tschudi. La variabilité des actions présentées épuise l’être en qualité de personne, d’individu même, pour devenir un ersatz, et pour ainsi dire, un automate télécommandé par stimuli visuels.

Seule subsiste dans ces paysages, où ces êtres fantomatiques semblent étonnamment isolés et las, l’action ou la fonction pour lesquelles ils ont été destinés. Ils deviennent alors les signes et symboles du carcan social dans lequel nous évoluons.

Face à ce fatalisme des apparences, c’est un pacte implicite, et non sans humour, qui s’instaure entre l’artiste et ses spectateurs : nous ne sommes pas dupes, tu vois ce que je vois, et tu comprends au-delà de ce que peuvent signifier ces images qui nous cajolent, et nous guident. Parce que nous savons, oui nous savons ce qu’il en résulte. Heureusement ces situations n’appartiennent qu’à ceux qui les ont vécues. Et personne ne pourra s’interposer, pas même ceux qui tentent de nous manipuler inconsciemment, car derrière ce lissage médiatique, toujours sera logée la rugosité de la vie.

Les œuvres de Patrick Tschudi font écho à une société qui insidieusement capture et quadrille nos plus insignifiants comportements pour nous les restituer de manière édulcorée. Nous conviant à les imiter, à emprunter les voies qui nous sont tracées. Dans ce complexe, pas même l’amitié, la mort et le sexe y échapperaient…

© Frédéric Lebas

 


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